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Combien devrait coûter le téléphone ? En réalité, la minute ne pourrait-elle pas coûter moins de 15 FCFA au Sénégal ?

  1. Comment est fabriqué le téléphone ?

Il convient d’abord de savoir comment est fabriqué le téléphone.

Si vous prenez deux petits haut-parleurs et que vous les joignez par deux fils, et qu’ensuite vous y connectez  une batterie, vous avez découvert le principe du téléphone.

Ce petit haut-parleur est un transformateur de la voix sonore en énergie magnétique, puis électrique, qui, avec l’autre haut-parleur, se retransforme en énergie sonore (vice-versa).

En effet, ce petit haut parleur peut à la fois jouer le rôle de microphone et d’écouteur, car le principe de fonctionnement est le même. (Encore qu’avec les microphones à condensateur, la transformation de la voix sonore peut passer par une énergie électrostatique, avant celle d’un état électrique.)

Bien entendu, ceci a été amélioré grâce à l’électronique, et aujourd’hui, l’informatique rend encore les choses beaucoup plus faciles.

Cela signifie tout simplement que le téléphone est un produit qui s’obtient grâce à une transformation de l’énergie électrique. Autrement dit, la matière première permettant de fabriquer du téléphone est l’électricité.

Toutefois, pour avoir suffisamment d’autonomie, les opérateurs téléphoniques vont stocker l’énergie électrique obtenue du distributeur d’énergie électrique dans des batteries. Mais leur source de production est la même que celle que vous utilisez pour vos usages domestiques d’électricité. Cela signifie tout simplement qu’ici au Sénégal, c’est la SENELEC qui produit cette énergie.

Encore que, quand cette énergie est utilisée en grande quantité, le prix du kWh peut baisser.

L’électronique a cette capacité de raffiner le courant électrique, et de faire avec, de multiples usages valorisants  comme la radio, la télévision, l’ordinateur, etc…

C’est la raison pour laquelle, elle a révolutionné la science et continue encore à le faire, par le biais de l’informatique, dont elle constitue la mère.

Ses produits ont la particularité d’être à la portée de tous, eu égard à la facilité d’obtention de sa matière première qui est du sable (le silicium), même si les premières parutions seront toujours chères, du fait de la recherche, le prix devant ensuite baisser en suivant la forme d’une fonction hyperbolique.

Son amortissement est en général rapide, eu égard à sa facilité de fabrication en grande quantité, une fois que la mise au point est assurée.

C’est grâce à cette électronique et à cette informatique, que le téléphone est aujourd’hui fabriqué à partir de l’électricité, la radio s’en mêlant pour la transmission, par le biais des ondes hertziennes,  avec l’ère des portables. Les performances s’améliorant davantage, et l’effet d’échelle jouant pour toucher de plus en plus d’abonnés, le prix du téléphone devrait baisser d’année en année, voire de mois en mois.

Encore que l’on semble oublier que le téléphone est un outil d’utilité publique, facteur de production, devant être fabriqué au moindre coût, pour permettre un développement fulgurant de l’économie.

Mais les dangers de la privatisation font que les marges qui en découlent, enrichissent démesurément les opérateurs, au détriment de l’économie, et de la population.

  1. Quelle marge sur la minute de téléphone ?

L’on verra que pour une utilisation d’énergie électrique d’environ 40 Millions de kWh, qui pourraient correspondre à moins de 4 Mds FCFA, (en considérant un prix moyen de 100 FCFA par kWh), on pourrait fabriquer plus de 9000 Millions de minutes de téléphone.

Vendues à une moyenne de 45 FCFA, ces minutes de téléphone vont donner lieu à un chiffre d’affaires de plus de 400 Milliards de FCFA.

Autrement dit, pour chaque kWh de la SENELEC, il est possible de fabriquer environ 225 minutes de téléphone. En faisant les rapports, on peut se rendre compte que les minutes de téléphone fabriquées avec un kWh acheté à environ 100 FCFA, sont revendues à la population sénégalaise, à plus de 10 000 FCFA.

En effet, ceci donne une marge après matière première de 10 000 %.

Le prix de revient correspondant à cette matière première pour une minute de téléphone serait d’environ 100/225, soit moins de 1 FCFA.

Une telle marge devient embarrassante, à tel enseigne que les justificatifs dans le compte d’exploitation risquent de faire apparaître des incompréhensions, pour un habillage en harmonie avec le système comptable SYSCOA.

Si le bénéfice net correspondant à une telle marge retombe à environ 30% du chiffre d’affaires, cela pourrait difficilement être du seul fait des dépenses habituellement connues comme :

  • Les frais d’exploitation et d’entretien ou de location de service
  • Les salaires
  • Les déplacements et autres frais généraux
  • Les amortissements d’immobilisations
  • Les impôts

Ainsi, pour remplir le gap permettant de baisser le bénéfice à un niveau non démesuré, les justificatifs en termes d’achats et consommations seront difficiles à comprendre, et risquent de biaiser le caractère proportionnel de la rubrique qui devrait normalement concerner cette matière première.

Par ailleurs, certes des réserves seront à prévoir dans la marge bénéficiaire. Bien entendu, il est permis aux sociétés d’utilité publique de faire des réserves pour faire face à d’éventuels aléas, mais reconductibles, et non à thésauriser.

L’on pourrait aussi comprendre qu’avec l’électronique, les immobilisations corporelles ou incorporelles pourraient être prépondérantes, et se traduire en amortissements élevés. Mais ceci devrait aussi, entraîner un rapide amortissement du matériel.

  • Le prix de la minute de téléphone ne devrait-il pas pouvoir baisser ?

Si on fait la comparaison avec une autre société d’utilité publique comme la SENELEC, on verra que la matière première qui est principalement du combustible thermique va représenter environ 65 % du chiffre d’affaires contre 1% ou bien moins.

Ceci va donner lieu à une marge après matière première qui ne sera que d’environ 35 % pour un chiffre d’affaires moins important. Cela n’empêchera pas à la SENELEC de payer, avec la valeur absolue, des frais d’exploitation et d’entretien ainsi que des salaires, déplacements, impôts etc. …, tout en prenant en compte les amortissements.

En fait le rendement de fabrication d’électricité avec du combustible fossile (plus répandu), est en général faible, (aux environs de30%), avec un prix très élevé de la matière première.

En outre, le prix de cession du kWh étant soumis à la loi du moindre coût, le prix de vente ne devrait jamais  dépasser le prix de revient après matière première, d’un montant cherchant à atteindre 100%. Selon la règle du moindre coût, tout surplus devrait se traduire en termes de réinvestissement pour l’extension et l’amélioration du service, ou en ristourne par une baisse des tarifs.

Pourquoi donc une société d’utilité publique faisant un chiffre d’affaires plus élevé, ne devrait-elle pas :

  • limiter ses dépenses à environ 35 ou 40 % (de ce chiffre d’affaires) ?
  • limiter son bénéfice à 30 % ?
  • prévoir une réserve de 10 % (reconductible) ?
  • et ristourner le reste (25 %) à la population en termes de réduction du coût de cession ?

La privatisation devrait-elle remettre en cause la cession au moindre coût, à la population,  d’un produit ou service d’utilité publique, bien que ce soit possible ?

  • Avec un prix de revient, après matière première, multiplié par 100 ou plus, dans la gestion d’une utilité publique, la régulation étatique devrait-elle rester indifférente ?
  • Avec des salaires pour expatriés (cf: rapport annuel 2014 de la Sonatel p114) dépassant ceux de la plupart des dirigeants de ce monde,  ( cf: http://www.businessinsider.com/salaries-of-13-major-world-leaders-2015-3, ou http://www.argentaire.com/2015/03/les-dirigeants-politiques-les-mieux.html),  car venant en deuxième position après celui de Singapour, et dépassant de plus de deux fois celui des USA, le téléphone ne devrait-il pas baisser son prix au Sénégal ?
  • Ne devrait-on pas se rendre compte qu’avec un tarif de 15 FCFA la minute, la Sonatel ferait, quand même, avec plus de 9000 Millions de minutes, un chiffre d’affaires de près de 150 Milliards, ce qui ferait plus de deux fois ses frais de personnel qui seraient les plus élevés au Sénégal, (près de deux fois ceux de la Senelec ou plus), avec un effectif moins important ?
  1. Conclusion

Ne devrait-on pas limiter la marge de l’opérateur téléphonique en le soumettant à un revenu maximum autorisé (RMA), quand il  est privé ?

Cela n’aurait-il pas plus de sens qu’avec la Senelec, qui,  en tant qu’étatique, aurait moins de motivation avec un tel outil ?

 

 

 

 

La problématique de la Régulation des secteurs d’utilité publique au Sénégal : Electricité et Téléphone

Quand on parle de régulation au Sénégal, cela concerne deux secteurs essentiels : l’électricité et le téléphone.

Il s’agit de secteurs d’utilité publique indispensables, dont pratiquement toute la population a besoin d’une manière égale, et qui devaient être gérés par l’Etat, c’est –à- dire, au nom et pour le compte de la population.

En tant que tels, appartenant à la population et étant payés par celle-ci, les services correspondants ne devaient faire l’objet d’aucun bénéfice, sinon une réserve pour aléas, à reconduire à l’identique si elle n’est pas consommée, en prévision d’éventuelles difficultés.

Mieux, ils devaient être confiés à des mains expertes et patriotiques, capables de les gérer au moindre coût, c’est-à-dire, pour que leur coût soit le plus bas possible, en vue de leur permettre de jouer un rôle de levier pour le développement de l’économie.

Le coût de vente devait ainsi faire l’objet des charges, ainsi que d’une marge limitée, devant servir de réserve tout au plus, tout surplus devant être lié à des mécanismes aboutissant à son reversement dans les caisses de l’Etat, pour un recyclage à l’intérieur du pays dans les secteurs moins favorisés, de façon à maintenir la progression synchronisée de l’ensemble de l’économie. Par ailleurs, la masse d’argent relative à ces deux secteurs étant importante, son recyclage perpétuel devait constituer une obligation en vue d’éviter autant que possible toute déperdition vers l’extérieur pouvant porter préjudice à la progression de l’économie.

Ainsi, ces deux secteurs devaient être des leviers économiques puissants, en ne constituant pas une préoccupation, ni pour la population, ni pour l’entreprenariat, ce dernier constituant le moyen fondamental effectif d’enrichissement d’un pays. Cet entreprenariat devait alors être suffisamment à l’aise avec l’électricité et le téléphone,  tout en étant à la portée de tous, de façon à pouvoir connaître un développement fulgurant. Par conséquent, un bond en avant de l’économie, était alors attendu.

Mais voilà que dans le cadre de l’ajustement structurel, il était retenu de privatiser ces deux secteurs.

Dès lors, pour que ces services publics continuent à répondre à leurs objectifs fondamentaux, à savoir, être gérés au moindre coût pour jouer leur rôle de levier économique, tout en étant entre les mains d’un privé plutôt soucieux de faire le maximum de bénéfice, il fallait un organe de régulation.

Le rôle de ce dernier devait alors être de combiner deux antagonismes :

  • D’une part une utilité publique dont le service doit être cédé à la population au moindre coût pour lui permettre de jouer son rôle de levier dans l’économie du pays,
  • D’autre part un opérateur économique désireux de faire un maximum de bénéfice à empocher.

Cette régulation devait donc veiller à ce que les marges bénéficiaires soient maîtrisées, tout en étant acceptables pour l’Opérateur, pour un prix de cession à la population favorisant autant que possible cet effet de levier cité plus haut, en vue d’un fort développement de l’entreprenariat qui a besoin essentiellement du téléphone et de l’électricité.

Cette privatisation semble avoir fait échec avec l’électricité, tandis qu’avec le téléphone, elle semble avoir fait l’objet d’une « réussite ».

Pour l’électricité, les délestages qu’on voulait faire disparaître continuaient de plus belle, alors que l’Opérateur ne faisait pas les investissements prévus, profitant plutôt de la situation pour un maximum de gain, la régulation ne semblant pas avoir réussi à lui faire respecter les objectifs fixés.

Pendant ce temps, avec le téléphone, les choses semblaient plus faciles, car des bénéfices énormes sont annoncés.

Il en a résulté que l’électricité, à savoir la Senelec, a cessé d’être privatisée, tout en continuant d’être régulée.

De l’autre côté, le téléphone reste toujours privatisé avec une « régulation » qui le laisse libre d’avoir des bénéfices énormes, donc sans une gestion au moindre coût, et par conséquent, apparemment sans souci pour son rôle de levier pour l’économie.

Le paradoxe est ainsi donc que l’électricité, qui n’est plus privatisée, continue d’être régulée, tandis que le téléphone reste privatisé, sans être véritablement régulé.

Il convient de savoir que les secteurs de l’électricité et du téléphone sont des mangeurs de richesses, qui absorbent petit à petit, le peu de ressources financières se trouvant entre les mains de la population, et provenant des entreprises créatrices de richesses. Ainsi au lieu de créer de la croissance, ils en consomment plutôt. S’ils ne sont pas régulés, pour être cédés au moindre coût et servir de levier, ces entreprises créatrices de richesses seront insuffisamment à l’aise avec l’électricité et le téléphone, et ne pourront ni grandir, ni être nombreuses, et à la longue, elles vont s’essouffler et finir par s’arrêter.

Or, ce sont ces entreprises là qui constituent les sources de richesses du pays et qui nourrissent ces secteurs. De ce fait, si ces derniers sont bien portants alors que les entreprises qui leur ont permis de l’être souffrent, cela signifie qu’ils n’ont pas joué leur rôle de levier pour le développement économique du pays. C’est la raison pour laquelle, on doit veiller à ce que, non seulement la masse d’argent relative à ces deux secteurs reste et circule à l’intérieur du pays, mais encore, que leurs prix de cession soit au moindre coût pour stimuler le développement de l’économie.

Cependant, à défaut de régulation, le téléphone va grandir à vue d’œil, tout tranquillement, absorbant les richesses de la population, sans pour autant jouer son rôle de levier économique, faisant croire à une bonne gestion, tandis que les entreprises créatrices de richesses vont disparaître petit à petit.

Mais au-delà de tout cela, il convient de savoir que le téléphone se trouve être un service dont le coût de revient est naturellement faible. Or, il est vendu à la population avec une marge bénéficiaire exorbitante. Sa matière première est de l’électricité qui lui est vendue par kilowattheure (1000 watts pendant une heure), lui revenant à une valeur plutôt faible, tandis que ses unités de vente (qui consommeront peu de watts, bien que le rendement soit toutefois très faible) sont livrées par minute, avec des tarifs peu éloignés. Faire un chiffre d’affaire énorme avec un tel dispositif ne devrait alors pas être difficile. Il conviendrait que le prix de revient réel soit divulgué, face au tarif appliqué, pour qu’on s’en aperçoive. On se rendra compte que le coût de la matière première est apparemment plutôt absent dans les comptes, parce que ridiculement faible devant le prix de vente. De surcroît, tous les moyens semblent bons pour l’Opérateur pour faire le maximum de bénéfice, y compris certaines erreurs au préjudice de l’abonné et toutes les autres anomalies longtemps décriées en vain par la population.

On croit alors avoir fait du bon travail avec le téléphone qui grandit comme un fleuron, alors qu’en réalité, on est entrain de plomber le développement de l’économie du pays.

Quant à l’électricité, elle se heurte à une production à partir d’une matière première constituée d’un combustible importé et cher, sur lequel on n’a très peu de maîtrise, donc avec des frais d’exploitation consommant l’essentiel du chiffre d’affaires. Elle va voir son coût renchérir, et réalisera difficilement son équilibre financier, les pertes techniques et non techniques constituant par ailleurs un handicap sérieux. Il conviendrait que ces pertes soient maîtrisées, et que la politique visant à se tourner vers le solaire, et dont le cadre réglementaire est déjà en place, soit enfin appliquée.

Malgré tout, l’électricité subit une régulation, consistant à lui imposer un revenu maximum autorisé (RMA), qui aurait pu avoir un sens si elle était complètement privatisée.

En effet, le fondement du RMA repose sur le principe cité plus haut.

La stratégie va alors consister à s’appuyer sur une évaluation des charges admissibles pour la définition d’un prix de revient normal, et autoriser une marge bénéficiaire ou réserve mais en la plafonnant, c’est-à dire en fixant le tarif pour limiter le chiffre d’affaires, de façon à ce que l’Opérateur n’ait plus comme moyen d’augmenter sa marge que la baisse de ses charges, donc en faisant des performances concrètes améliorant son rendement.

Dès lors, en tant que privé, désirant à priori, faire un maximum de marge bénéficiaire, l’Opérateur devrait s’atteler à s’organiser en conséquence pour maîtriser ses charges, et est alors obligé de faire tout son possible pour les faire baisser.

Ceci est logique quand l’Opérateur est privé. Mais si l’Opérateur est l’Etat, la motivation n’est plus d’actualité. Comment pourrait-on le motiver ou le sanctionner ?

Tout compte fait, le résultat est que l’économie sénégalaise est actuellement à ce jour mal réglée, car l’électricité et le téléphone ne jouent pas vraiment leur rôle de levier pour l’économie.

La croissance est de facto plombée, sans que les causes soient perceptibles, car elle est en partie mangée par ces deux secteurs.

Il conviendrait alors d’une autre méthode de régulation jouant sur une motivation liée à la baisse des charges ainsi que des pertes techniques et non techniques.

Pour ce faire, il serait utile d’abord de déceler le prix de revient unitaire réel théorique, aussi bien pour le téléphone que l’électricité, et de fixer des marges de réserve ne devant pas en dépasser un certain pourcentage, avec un mécanisme de motivation basé sur l’amélioration du rendement.

A propos d’Ajustement structurel

On a souvent tendance à croire en la magie, et à fonctionner suivant ses principes, au point que, quand un organisme comme le FMI dit qu’il faut mettre un pays sous ajustement structurel, on se résigne à subir un châtiment tout simplement, espérant que, par effet extraordinaire, il pourrait y avoir un retournement de la situation, ou que d’une manière ou d’une autre, il y aurait une fin à cela un jour.

Autrement dit, on ne cherche pas souvent  à savoir véritablement pourquoi on en est arrivé là.

On cherche alors à se comporter comme un bon élève, en essayant de se conformer strictement aux exigences du FMI, espérant que l’une de ses visites périodiques ou aléatoires pourrait coïncider, comme par enchantement, avec une sortie de crise.

Un élève est quelqu’un qui apprend à mémoriser ce qu’on lui dit, et qui le récite quand on le lui demande.

Un étudiant est appelé à maîtriser les tenants et aboutissants de ce qu’il a appris, et devrait non seulement pouvoir en reproduire le processus tout seul, mais devrait même le réussir dans un domaine similaire.

Or au stade d’un pays, une maîtrise suffisamment responsable des problèmes par des cadres expérimentés est requise, avec leur analyse sur tous les angles, en vue d’une solution permettant concrètement d’atteindre des objectifs bien définis, avec une planification assez claire.

Par conséquent, il ne s’agit pas de se comporter en bon élève devant les experts du FMI, ce qui traduirait un manque de maîtrise sur les mécanismes devant conduire un pays au développement, un pays dans lequel, résideraient beaucoup d’économistes diplômés.

Il convient tout simplement de noter qu’un ajustement structurel devrait traduire une bonne structuration de l’économie, de telle sorte que quand la population travaille normalement, la croissance apparaisse de facto.

L’on pourrait donc comprendre qu’il serait utopique de croire qu’on va parvenir à un tel objectif, en essayant de se conformer strictement aux recommandations du FMI, sans une parfaite maîtrise de la situation économique.

En effet, pour sortir d’une telle situation, ce serait vraisemblablement avec ses propres stratégies, eu égard à une bonne connaissance de l’objectif à atteindre ainsi que des moyens requis, plutôt qu’avec les stratégies du FMI, qui ne connaît pas le pays de fond en comble, et qui, à priori, ne pourrait donner que des grandes lignes. C’est la raison pour laquelle, il est surtout urgent en pareil cas, de décortiquer le problème pour en maîtriser les causes, et de se mettre soi-même sous ajustement structurel, avant le dictat du FMI. Il est surtout bon de savoir que, dans un tel cas, la structure économique du pays n’est pas adaptée, et qu’il convient de procéder aux rectifications nécessaires, pour un redressement de la situation. Cela demande une certaine expertise et non de la politique. Malheureusement, dans un pays dominé par des politiciens, en général non experts, plutôt obsédés par le pouvoir, prêts à payer tous les prix, se comportant en médecins capables de guérir tous les maux, il serait difficile de s’en sortir.

C’est ainsi que certains, parmi eux, vont essayer de se comporter en bon élèves, tandis que d’autres peuvent être amenés à penser qu’il suffit tout simplement de refuser le dictat du FMI pour s’en sortir.

Bien évidemment, il faudrait plus.

Il est surtout convenable pour un pays, quand il doit être mis sous ajustement structurel, de poser son problème, et de le décortiquer pour lui trouver tout seul les solutions idoines. Dans ce cas, le FMI ne fera que prêter l’argent nécessaire ou l’autoriser, car il verra la pertinence des acquis, ainsi que des stratégies, et pourrait alors adhérer. C’est cela d’ailleurs qui permettrait à un tel pays, de faire une critique objective et bien argumentée des solutions du FMI, et de mener sa propre vision.

On peut penser à priori que le FMI a souvent raison, car il prône un cadre permettant au pays emprunteur, de bien utiliser ses fonds et de les faire fructifier, pour ensuite lui rembourser son argent. Par conséquent, il faut interpréter ses exigences comme une alerte, annonçant que, faute de remédier à ses reproches, on risque subséquemment d’aller vers un gaspillage inutile des ressources qu’il aura mises à disposition, et qu’on doit rembourser d’une manière ou d’une autre. Or, qui est –ce qui rembourse ? C’est bien entendu la population qui espérait un soulagement, et qui risque plutôt de souffrir davantage, et pendant un temps lié à l’importance du prêt. Un dirigeant suffisamment humain ne devrait pas s’aventurer à emprunter une telle voie.

On peut penser que c’est ce genre de situation qu’a voulu éviter le FMI, quand il proposait dans les années 80, un ajustement structurel, suite à plusieurs prêts infructueux. Mais de l’autre côté, il était surtout opportun de faire une introspection pour savoir les raisons de l’échec des prêts précédents.

D’abord il est bon de savoir que gérer un prêt des bailleurs de fonds classiques et arriver à un résultat, est très difficile pour un expert avéré, à plus forte raison pour un politicien qui n’a jamais eu affaire à un projet. Un résultat probant sera plus difficile à obtenir si, de surcroît, ce dernier cherche à s’enrichir avec le projet. Or, il s’agit d’un prêt que la population va rembourser plus ou moins aisément en fonction de la réussite du projet, sur les plans qualité et délais. Il est surtout important de garder à l’esprit, que si le projet ne réussit pas, la population remboursera quand même. Ce dernier cas augmente les difficultés d’une population souvent exsangue, à bout de souffle. Donc, il est opportun que tous, on soit conscient du problème, et que l’on pense à accabler, le moins possible, cette population.

C’est la raison pour laquelle, il est impératif de vérifier les points suivants :

  • Est-ce que la situation économique du pays permet un remboursement direct du prêt par lui-même ?
  • Si le prêt est relatif à des infrastructures de base qui ne sont pas capables en général de créer de la richesse, est-ce qu’il existe des activités créatrices de richesses qui pourront bénéficier du prêt et les alimenter sans préjudice à la population, de façon à leur permettre de rembourser leur prêt ?
  • Est-ce que des cadres suffisamment compétents sont disponibles, et désignés pour gérer le prêt ?

Autrement dit, est-ce le cadre économique du pays permet de faire fructifier le prêt concerné pour permettre un bond en avant du pays et procéder à un remboursement sans difficulté pour la population ?

Le Sénégal, comme d’autres pays africains, a contracté beaucoup de prêts qui pèsent encore lourdement sur le dos des populations, sans pour autant que la situation ne s’améliore.

Cela impose une introspection en vue de trouver les vrais raisons de cette situation.

Il convient de noter que l’économie d’un pays se trouve entre les mains d’une part, d’entreprises productrices de richesses et d’autre part, d’entreprises consommatrices de richesses, mais favorisant toutefois la création de richesses.

Quelles sont les entreprises créatrices de richesses ?

Eh bien, il s’agit des entreprises de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et des mines, ainsi que les industries bâties sur leurs productions, pour leur donner de la valeur ajoutée.

Quelles sont les entreprises consommatrices, favorisant toutefois la création de richesse ?

Cette catégorie est surtout formée par les entreprises gérant les facteurs de production, en particulier les utilités publiques comme la distribution d’énergie électrique, d’hydrocarbures, d’eau, de téléphone, de l’internet aujourd’hui, et autres similaires.

Dans un pays où l’essentiel des ressources est détenu par ces dernières face à celles créatrices de richesses, en général faibles et peu nombreuses, on vit évidemment dans une spirale de non performance. Cela est sans compter le poids de l’Etat qui doit réguler le système et qui, loin de pouvoir créer une quelconque richesse, en est le plus gros consommateur.

La situation devient grave, si ces entreprises d’utilité publique sont de surcroît, détenus par des privés qui thésaurisent les ressources. Cette masse d’argent qui aurait du circuler entre l’Etat et la population, est alors tout simplement immobilisée quelque part. Si c’est à l’extérieur, avec le risque d’y être consommée totalement, cela constitue tout simplement une brèche évoluant inexorablement vers une ruine de la population. Voilà un grand danger de la privatisation des utilités publiques que le FMI ne pourrait voir vraisemblablement.

Dans un tel cadre économique, la croissance ne profite pas à la population.

Il convient donc de redresser la situation avant de se lancer dans de nouveaux prêts qui risquent de lessiver davantage la population.

La situation économique du pays doit être réglée de façon à permettre une vraie croissance, par une réorganisation des facteurs de production, qui doivent intervenir au moindre coût, de sorte qu’ils puissent jouer leur vrai rôle de levier économique, comme évoqué dans un article précédent.

Le FMI ne se préoccupe pas des détails relatifs à cet aspect et ne donne que des grandes lignes. C’est la raison pour laquelle, on l’entendra interdire une subvention d’un secteur comme l’énergie, qui est une utilité publique indispensable, bien que constituant un fardeau pour l’Etat. Bien entendu, cela constitue une préoccupation. Mais le problème devrait être réglé autrement. En effet, non seulement l’Etat a trop de charges à satisfaire, mais il soutire trop de ressources à la population. Il conviendrait qu’il se désengage de certains secteurs, en les laissant se débrouiller tous seuls. Cela semble vrai apparemment, mais il convient de noter aussi que le désengagement n’est pas une formule qui marche à tous les coups. La morphologie de l’économie du Sénégal et des pays africains en général, est bâtie sur une économie solidaire, qui ne saurait exclure la subvention d’un secteur en difficulté.

Et il est évident que l’absence de subvention tend vers une privatisation des secteurs concernés, ce qui ne fait que plonger davantage ces pays dans le gouffre, tout en faisant l’affaire des privés étrangers qui en profiteront pour transférer les ressources d’une population exsangue vers leurs pays. Or, cela est tout simplement inacceptable.

Toutefois, il est souhaitable que la Senelec fonctionne parfaitement sans aucune aide. Il se trouve simplement que le secteur électrique est miné par la fraude et le gaspillage. La Senelec est certainement entrain de travailler sur la fraude, tandis qu’on peut constater l’existence de bureaux de l’Etat où la climatisation et l’éclairage peuvent fonctionner du vendredi au lundi sans interruption. Face à cela, il faudrait mettre en place un système empêchant un tel gaspillage et faire des économies d’énergie. En plus de cela, il est temps que les énergies renouvelables entrent dans les mœurs, surtout quand on sait que le cadre réglementaire est en place depuis 2010. L’énergie solaire doit entrer dans le système avec la possibilité pour les populations de vendre de l’énergie à la Senelec. Ceci est d’autant plus d’actualité qu’il existe déjà dans le pays une infrastructure de montage de panneaux solaires, unique à ce jour en Afrique de l’Ouest, qui devrait contribuer à faciliter cet objectif, mais qui malheureusement semble souffrir d’un défaut de rentabilité, au point d’avoir eu à fermer. Une telle infrastructure doit être appuyée par l’Etat, voire être soutenue par une participation de la population dans son capital.

En finalité, si le cadre économique est propice, l’on pourrait penser que le pays puisse être apte à emprunter utilement.

Mais encore faudrait-il qu’il y ait suffisamment de cadres compétents capables de gérer des projets du FMI ou d’autres bailleurs de fonds.

La gestion de tels fonds demande une équipe expérimentée, patriotique et dynamique, eu égard à toutes les contraintes en jeu, inhérentes à leurs décaissements, et qui vont dans le sens d’enliser les performances en délais et coûts, gage de la rentabilité d’un projet.

Si, dans le cas du Sénégal, les autorités chargées de veiller sur un déroulement clair des marchés publics se focalisent sur une répétition des pratiques des bailleurs de fonds (en demandant à chaque étape un quitus ou avis de non objection), pour chercher la clarté, cette redondance, loin de favoriser une transparence, compromet tout simplement la rentabilité de nos projets en allongeant les délais, sans qu’on se rendre compte que le véritable problème se trouve au niveau des coûts de départ.

Les autorités feraient mieux de s’attaquer au caractère exorbitant des coûts de projet au Sénégal, et qui ne semble pas faire l’objet d’une préoccupation.

La meilleure solution serait que des experts se penchent sur la question et déterminent des prix de référence, au vu et sus de tous, pour une vraie lutte contre la corruption.

Cela dit, il convient de noter que la gestion financière des fonds des bailleurs classiques suit un processus qui demande beaucoup de dynamisme et de compétence.

  • Si un tel prêt est consenti, le pays bénéficiaire est assujetti à ce l’on appelle des frais de gestion. Le montant consenti et non encore décaissé est soumis au taux correspondant jusqu’à son décaissement.
  • Ensuite, tout montant décaissé échappe à ces frais de gestion, mais est soumis au taux d’intérêt, une fois le délai de grâce atteint.
  • Ce taux d’intérêt s’appliquera tant que le remboursement échu ne sera pas honoré.
  • En cas de retard de remboursement, des intérêts de retard s’appliquent en sus, jusqu’au règlement complet de l’échéance concernée.

Il en sera ainsi jusqu’au remboursement complet du prêt.

Ceux qui gèrent ces dispositions sont souvent loin de ceux qui gèrent techniquement le projet sur le terrain et qui, en général n’en ont aucune connaissance.

Il arrive ainsi que l’on mette beaucoup de temps pour le premier décaissement, après que le prêt ait été accordé. Et pendant tout ce temps, les frais de gestion s’abattent sur le montant non décaissé.

Il arrive aussi qu’un projet dure des années, et que le délai de grâce du prêt soit épuisé, alors qu’il est encore loin d’être terminé. Les intérêts s’appliquent alors continuellement sur les échéances non honorées, jusqu’à leur remboursement complet, tandis qu’il ne donne aucune retombée.

Il peut arriver ainsi que les intérêts dépassent le capital. Dans de tels cas, il n’est pas surprenant que l’on bénéficie d’une remise de dette.

Vu une telle situation, il faut avouer que gérer avec succès un projet est particulièrement difficile.

Il faut comprendre aussi, que le fait de mal gérer un prêt, contribue à appauvrir un pays.

Or, combien de prêts ont été mal gérés depuis les indépendances jusqu’à nos jours?

Combien de prêts ont été correctement gérés ?

L’on sait qu’un projet mal géré et qui doit être remboursé risque une augmentation des contributions de la population. Cela se faisant, en général, par une augmentation des prix des denrées indispensables, la population s’appauvrit de facto. Il est évident que la pauvreté que vit actuellement beaucoup de pays africains est liée à cette mauvaise gestion des prêts. Et l’on fait croire à la population qu’on reçoit un prêt parce ce qu’on est crédible. Or, ces prêts font surtout l’affaire des créanciers, qui reçoivent toutes les garanties d’une fructification de leur placement. Quant à la population africaine, elle endure, croyant voir le bout du tunnel un jour. Ceci jusqu’à quand ?

C’est la raison pour laquelle, il vaut mieux procéder d’abord à un assainissement de l’environnement économique, et de contracter éventuellement des prêts de manière progressive, en essayant de bénéficier graduellement d’une certaine expérience, au fur et à mesure, jusqu’à sentir réellement la capacité de s’attaquer à des montants importants.