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A propos d’Ajustement structurel

On a souvent tendance à croire en la magie, et à fonctionner suivant ses principes, au point que, quand un organisme comme le FMI dit qu’il faut mettre un pays sous ajustement structurel, on se résigne à subir un châtiment tout simplement, espérant que, par effet extraordinaire, il pourrait y avoir un retournement de la situation, ou que d’une manière ou d’une autre, il y aurait une fin à cela un jour.

Autrement dit, on ne cherche pas souvent  à savoir véritablement pourquoi on en est arrivé là.

On cherche alors à se comporter comme un bon élève, en essayant de se conformer strictement aux exigences du FMI, espérant que l’une de ses visites périodiques ou aléatoires pourrait coïncider, comme par enchantement, avec une sortie de crise.

Un élève est quelqu’un qui apprend à mémoriser ce qu’on lui dit, et qui le récite quand on le lui demande.

Un étudiant est appelé à maîtriser les tenants et aboutissants de ce qu’il a appris, et devrait non seulement pouvoir en reproduire le processus tout seul, mais devrait même le réussir dans un domaine similaire.

Or au stade d’un pays, une maîtrise suffisamment responsable des problèmes par des cadres expérimentés est requise, avec leur analyse sur tous les angles, en vue d’une solution permettant concrètement d’atteindre des objectifs bien définis, avec une planification assez claire.

Par conséquent, il ne s’agit pas de se comporter en bon élève devant les experts du FMI, ce qui traduirait un manque de maîtrise sur les mécanismes devant conduire un pays au développement, un pays dans lequel, résideraient beaucoup d’économistes diplômés.

Il convient tout simplement de noter qu’un ajustement structurel devrait traduire une bonne structuration de l’économie, de telle sorte que quand la population travaille normalement, la croissance apparaisse de facto.

L’on pourrait donc comprendre qu’il serait utopique de croire qu’on va parvenir à un tel objectif, en essayant de se conformer strictement aux recommandations du FMI, sans une parfaite maîtrise de la situation économique.

En effet, pour sortir d’une telle situation, ce serait vraisemblablement avec ses propres stratégies, eu égard à une bonne connaissance de l’objectif à atteindre ainsi que des moyens requis, plutôt qu’avec les stratégies du FMI, qui ne connaît pas le pays de fond en comble, et qui, à priori, ne pourrait donner que des grandes lignes. C’est la raison pour laquelle, il est surtout urgent en pareil cas, de décortiquer le problème pour en maîtriser les causes, et de se mettre soi-même sous ajustement structurel, avant le dictat du FMI. Il est surtout bon de savoir que, dans un tel cas, la structure économique du pays n’est pas adaptée, et qu’il convient de procéder aux rectifications nécessaires, pour un redressement de la situation. Cela demande une certaine expertise et non de la politique. Malheureusement, dans un pays dominé par des politiciens, en général non experts, plutôt obsédés par le pouvoir, prêts à payer tous les prix, se comportant en médecins capables de guérir tous les maux, il serait difficile de s’en sortir.

C’est ainsi que certains, parmi eux, vont essayer de se comporter en bon élèves, tandis que d’autres peuvent être amenés à penser qu’il suffit tout simplement de refuser le dictat du FMI pour s’en sortir.

Bien évidemment, il faudrait plus.

Il est surtout convenable pour un pays, quand il doit être mis sous ajustement structurel, de poser son problème, et de le décortiquer pour lui trouver tout seul les solutions idoines. Dans ce cas, le FMI ne fera que prêter l’argent nécessaire ou l’autoriser, car il verra la pertinence des acquis, ainsi que des stratégies, et pourrait alors adhérer. C’est cela d’ailleurs qui permettrait à un tel pays, de faire une critique objective et bien argumentée des solutions du FMI, et de mener sa propre vision.

On peut penser à priori que le FMI a souvent raison, car il prône un cadre permettant au pays emprunteur, de bien utiliser ses fonds et de les faire fructifier, pour ensuite lui rembourser son argent. Par conséquent, il faut interpréter ses exigences comme une alerte, annonçant que, faute de remédier à ses reproches, on risque subséquemment d’aller vers un gaspillage inutile des ressources qu’il aura mises à disposition, et qu’on doit rembourser d’une manière ou d’une autre. Or, qui est –ce qui rembourse ? C’est bien entendu la population qui espérait un soulagement, et qui risque plutôt de souffrir davantage, et pendant un temps lié à l’importance du prêt. Un dirigeant suffisamment humain ne devrait pas s’aventurer à emprunter une telle voie.

On peut penser que c’est ce genre de situation qu’a voulu éviter le FMI, quand il proposait dans les années 80, un ajustement structurel, suite à plusieurs prêts infructueux. Mais de l’autre côté, il était surtout opportun de faire une introspection pour savoir les raisons de l’échec des prêts précédents.

D’abord il est bon de savoir que gérer un prêt des bailleurs de fonds classiques et arriver à un résultat, est très difficile pour un expert avéré, à plus forte raison pour un politicien qui n’a jamais eu affaire à un projet. Un résultat probant sera plus difficile à obtenir si, de surcroît, ce dernier cherche à s’enrichir avec le projet. Or, il s’agit d’un prêt que la population va rembourser plus ou moins aisément en fonction de la réussite du projet, sur les plans qualité et délais. Il est surtout important de garder à l’esprit, que si le projet ne réussit pas, la population remboursera quand même. Ce dernier cas augmente les difficultés d’une population souvent exsangue, à bout de souffle. Donc, il est opportun que tous, on soit conscient du problème, et que l’on pense à accabler, le moins possible, cette population.

C’est la raison pour laquelle, il est impératif de vérifier les points suivants :

  • Est-ce que la situation économique du pays permet un remboursement direct du prêt par lui-même ?
  • Si le prêt est relatif à des infrastructures de base qui ne sont pas capables en général de créer de la richesse, est-ce qu’il existe des activités créatrices de richesses qui pourront bénéficier du prêt et les alimenter sans préjudice à la population, de façon à leur permettre de rembourser leur prêt ?
  • Est-ce que des cadres suffisamment compétents sont disponibles, et désignés pour gérer le prêt ?

Autrement dit, est-ce le cadre économique du pays permet de faire fructifier le prêt concerné pour permettre un bond en avant du pays et procéder à un remboursement sans difficulté pour la population ?

Le Sénégal, comme d’autres pays africains, a contracté beaucoup de prêts qui pèsent encore lourdement sur le dos des populations, sans pour autant que la situation ne s’améliore.

Cela impose une introspection en vue de trouver les vrais raisons de cette situation.

Il convient de noter que l’économie d’un pays se trouve entre les mains d’une part, d’entreprises productrices de richesses et d’autre part, d’entreprises consommatrices de richesses, mais favorisant toutefois la création de richesses.

Quelles sont les entreprises créatrices de richesses ?

Eh bien, il s’agit des entreprises de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et des mines, ainsi que les industries bâties sur leurs productions, pour leur donner de la valeur ajoutée.

Quelles sont les entreprises consommatrices, favorisant toutefois la création de richesse ?

Cette catégorie est surtout formée par les entreprises gérant les facteurs de production, en particulier les utilités publiques comme la distribution d’énergie électrique, d’hydrocarbures, d’eau, de téléphone, de l’internet aujourd’hui, et autres similaires.

Dans un pays où l’essentiel des ressources est détenu par ces dernières face à celles créatrices de richesses, en général faibles et peu nombreuses, on vit évidemment dans une spirale de non performance. Cela est sans compter le poids de l’Etat qui doit réguler le système et qui, loin de pouvoir créer une quelconque richesse, en est le plus gros consommateur.

La situation devient grave, si ces entreprises d’utilité publique sont de surcroît, détenus par des privés qui thésaurisent les ressources. Cette masse d’argent qui aurait du circuler entre l’Etat et la population, est alors tout simplement immobilisée quelque part. Si c’est à l’extérieur, avec le risque d’y être consommée totalement, cela constitue tout simplement une brèche évoluant inexorablement vers une ruine de la population. Voilà un grand danger de la privatisation des utilités publiques que le FMI ne pourrait voir vraisemblablement.

Dans un tel cadre économique, la croissance ne profite pas à la population.

Il convient donc de redresser la situation avant de se lancer dans de nouveaux prêts qui risquent de lessiver davantage la population.

La situation économique du pays doit être réglée de façon à permettre une vraie croissance, par une réorganisation des facteurs de production, qui doivent intervenir au moindre coût, de sorte qu’ils puissent jouer leur vrai rôle de levier économique, comme évoqué dans un article précédent.

Le FMI ne se préoccupe pas des détails relatifs à cet aspect et ne donne que des grandes lignes. C’est la raison pour laquelle, on l’entendra interdire une subvention d’un secteur comme l’énergie, qui est une utilité publique indispensable, bien que constituant un fardeau pour l’Etat. Bien entendu, cela constitue une préoccupation. Mais le problème devrait être réglé autrement. En effet, non seulement l’Etat a trop de charges à satisfaire, mais il soutire trop de ressources à la population. Il conviendrait qu’il se désengage de certains secteurs, en les laissant se débrouiller tous seuls. Cela semble vrai apparemment, mais il convient de noter aussi que le désengagement n’est pas une formule qui marche à tous les coups. La morphologie de l’économie du Sénégal et des pays africains en général, est bâtie sur une économie solidaire, qui ne saurait exclure la subvention d’un secteur en difficulté.

Et il est évident que l’absence de subvention tend vers une privatisation des secteurs concernés, ce qui ne fait que plonger davantage ces pays dans le gouffre, tout en faisant l’affaire des privés étrangers qui en profiteront pour transférer les ressources d’une population exsangue vers leurs pays. Or, cela est tout simplement inacceptable.

Toutefois, il est souhaitable que la Senelec fonctionne parfaitement sans aucune aide. Il se trouve simplement que le secteur électrique est miné par la fraude et le gaspillage. La Senelec est certainement entrain de travailler sur la fraude, tandis qu’on peut constater l’existence de bureaux de l’Etat où la climatisation et l’éclairage peuvent fonctionner du vendredi au lundi sans interruption. Face à cela, il faudrait mettre en place un système empêchant un tel gaspillage et faire des économies d’énergie. En plus de cela, il est temps que les énergies renouvelables entrent dans les mœurs, surtout quand on sait que le cadre réglementaire est en place depuis 2010. L’énergie solaire doit entrer dans le système avec la possibilité pour les populations de vendre de l’énergie à la Senelec. Ceci est d’autant plus d’actualité qu’il existe déjà dans le pays une infrastructure de montage de panneaux solaires, unique à ce jour en Afrique de l’Ouest, qui devrait contribuer à faciliter cet objectif, mais qui malheureusement semble souffrir d’un défaut de rentabilité, au point d’avoir eu à fermer. Une telle infrastructure doit être appuyée par l’Etat, voire être soutenue par une participation de la population dans son capital.

En finalité, si le cadre économique est propice, l’on pourrait penser que le pays puisse être apte à emprunter utilement.

Mais encore faudrait-il qu’il y ait suffisamment de cadres compétents capables de gérer des projets du FMI ou d’autres bailleurs de fonds.

La gestion de tels fonds demande une équipe expérimentée, patriotique et dynamique, eu égard à toutes les contraintes en jeu, inhérentes à leurs décaissements, et qui vont dans le sens d’enliser les performances en délais et coûts, gage de la rentabilité d’un projet.

Si, dans le cas du Sénégal, les autorités chargées de veiller sur un déroulement clair des marchés publics se focalisent sur une répétition des pratiques des bailleurs de fonds (en demandant à chaque étape un quitus ou avis de non objection), pour chercher la clarté, cette redondance, loin de favoriser une transparence, compromet tout simplement la rentabilité de nos projets en allongeant les délais, sans qu’on se rendre compte que le véritable problème se trouve au niveau des coûts de départ.

Les autorités feraient mieux de s’attaquer au caractère exorbitant des coûts de projet au Sénégal, et qui ne semble pas faire l’objet d’une préoccupation.

La meilleure solution serait que des experts se penchent sur la question et déterminent des prix de référence, au vu et sus de tous, pour une vraie lutte contre la corruption.

Cela dit, il convient de noter que la gestion financière des fonds des bailleurs classiques suit un processus qui demande beaucoup de dynamisme et de compétence.

  • Si un tel prêt est consenti, le pays bénéficiaire est assujetti à ce l’on appelle des frais de gestion. Le montant consenti et non encore décaissé est soumis au taux correspondant jusqu’à son décaissement.
  • Ensuite, tout montant décaissé échappe à ces frais de gestion, mais est soumis au taux d’intérêt, une fois le délai de grâce atteint.
  • Ce taux d’intérêt s’appliquera tant que le remboursement échu ne sera pas honoré.
  • En cas de retard de remboursement, des intérêts de retard s’appliquent en sus, jusqu’au règlement complet de l’échéance concernée.

Il en sera ainsi jusqu’au remboursement complet du prêt.

Ceux qui gèrent ces dispositions sont souvent loin de ceux qui gèrent techniquement le projet sur le terrain et qui, en général n’en ont aucune connaissance.

Il arrive ainsi que l’on mette beaucoup de temps pour le premier décaissement, après que le prêt ait été accordé. Et pendant tout ce temps, les frais de gestion s’abattent sur le montant non décaissé.

Il arrive aussi qu’un projet dure des années, et que le délai de grâce du prêt soit épuisé, alors qu’il est encore loin d’être terminé. Les intérêts s’appliquent alors continuellement sur les échéances non honorées, jusqu’à leur remboursement complet, tandis qu’il ne donne aucune retombée.

Il peut arriver ainsi que les intérêts dépassent le capital. Dans de tels cas, il n’est pas surprenant que l’on bénéficie d’une remise de dette.

Vu une telle situation, il faut avouer que gérer avec succès un projet est particulièrement difficile.

Il faut comprendre aussi, que le fait de mal gérer un prêt, contribue à appauvrir un pays.

Or, combien de prêts ont été mal gérés depuis les indépendances jusqu’à nos jours?

Combien de prêts ont été correctement gérés ?

L’on sait qu’un projet mal géré et qui doit être remboursé risque une augmentation des contributions de la population. Cela se faisant, en général, par une augmentation des prix des denrées indispensables, la population s’appauvrit de facto. Il est évident que la pauvreté que vit actuellement beaucoup de pays africains est liée à cette mauvaise gestion des prêts. Et l’on fait croire à la population qu’on reçoit un prêt parce ce qu’on est crédible. Or, ces prêts font surtout l’affaire des créanciers, qui reçoivent toutes les garanties d’une fructification de leur placement. Quant à la population africaine, elle endure, croyant voir le bout du tunnel un jour. Ceci jusqu’à quand ?

C’est la raison pour laquelle, il vaut mieux procéder d’abord à un assainissement de l’environnement économique, et de contracter éventuellement des prêts de manière progressive, en essayant de bénéficier graduellement d’une certaine expérience, au fur et à mesure, jusqu’à sentir réellement la capacité de s’attaquer à des montants importants.