Apropos de Croissance & Structure économique

On parle souvent de croissance en faisant allusion au PIB (Produit Intérieur Brut), comme s’il suffisait tout simplement de tabler sur un chiffre et d’attendre le résultat, après s’être contenté de quelques actions. D’ailleurs, il conviendrait de donner une signification à cette croissance qui devrait avoir un impact bénéfique pour la population. Ne ferait-on pas mieux de traduire cette croissance par cet impact ?

Or, il y a de ces structures économiques, où la génération d’une croissance profitable à la population ne saurait résulter que d’une utopie, à moins de constituer une simple espérance.

Si l’on accepte une certaine définition, l’assimilant à l’augmentation des revenus dans tous les secteurs, y compris ceux vivant d’importation massive, dont la part est loin d’être négligeable dans beaucoup de pays africains, est-ce que cette croissance pourrait favoriser un vrai développement ?

Si, de surcroit ces secteurs sont détenus par des privés étrangers, est-ce que la population locale pourrait la sentir vraiment ?

En continuant de parler de croissance alors que la population ne cesse de se plaindre, ne persisterait-on pas à agir dans l’obscurité ? Il conviendrait alors de se demander : quelles mesures adéquates prendre ? Et pour ce faire, regarder de près ce mot qui pourrait tromper.

On devrait parler de croissance pour un pays dont l’économie est déjà bien structurée, et par conséquent génère, effectivement, pour la population locale, des revenus tant soit peu substantiels influant positivement sur la balance des paiements. Dés lors, il suffirait tout simplement d’augmenter les volumes d’investissement pour que l’impact se traduise réellement par plus de revenus, donc une vraie croissance pour la population.

Mais encore, faudrait-il que l’économie soit au préalable bien structurée.

Si l’on regarde bien la structure économique du Sénégal, on peut voir qu’à un moment donné de notre histoire, on avait comme source d’enrichissement :

  • L’arachide et ses dérivées (huile, savon, etc. ….)
  • Les phosphates de Taïba et Thiès, ainsi qu’une cimenterie
  • Quelques industries dans l’habillement (comme la SOTIBA, ICOTAF) et dans le plastique, qui, malgré tout, faisaient de l’exportation.
  • Un secteur de la pêche à peine naissante
  • Un peu de tourisme
  • Quelques rares entreprises qui pouvaient avoir de la plus value et faire de l’exportation
  • ….

Ces sources d’enrichissement devaient faire face aux charges de consommation suivantes :

  • Le pétrole pour le fonctionnement de la Senelec (fuel), ainsi que de nos véhicules (essence et gasoil)
  • Le riz qui était presque totalement importé
  • Les véhicules et autres engins à acheter
  • Toutes les machines évoluant dans les entreprises PME et PMI, comme dans les grandes entreprises du pays (Senelec, Taïba, ICS, les huileries, le téléphone, etc…)
  • Toutes les pièces de rechange dont ces entreprises avaient besoin, ainsi que pour les véhicules
  • Tous les matériaux de construction de bâtiments, complexes et autres infrastructures
  • Les papiers pour nos administrations, l’éducation, le fonctionnement des entreprises privées etc…
  • Les tenues vestimentaires
  • Les frais hospitaliers (appareils et médicaments, etc. …)
  • Les salaires et charges sociales des fonctionnaires, les entreprises prenant bien entendu en charge les salaires et autres frais de leurs employés
  • La dette à rembourser ainsi que les services s’y rattachant
  • Etc …

L’on peut certainement, sans hésiter, juger l’issue de ce face à face qui a toujours donné un résultat négatif, au détriment de notre développement.

On peut toutefois y ajouter que les entreprises gérant des facteurs de production comme les Chemins de Fer du Sénégal jouaient quand même leur rôle de levier, tout en apportant de la plus value ; tandis que la Senelec subvenait tant bien que mal à la demande en énergie électrique.

Aujourd’hui, ce rôle de levier est en souffrance, les Chemins de Fer du Sénégal ayant disparu tandis que la Senelec se trouve en difficulté, ceci rendant le contexte difficile.

  • Concernant la production de richesse, on peut constater aujourd’hui que l’arachide peine à présenter, ce qu’elle produisait il y a plus de cinquante ans. Elle a même des fois des difficultés à en produire la moitié, les huiliers ayant par ailleurs, quasiment disparu.
  • La société des phosphates de Taïba est également absente de la scène industrielle, en laissant en place une entreprise comme «les ICS » pouvant à peine tenir debout. Les phosphates de Semme qui semblaient être un espoir ne font pas encore vraiment surface.
  • La SOTIBA et ICOTAF ont disparu. Il n’y a plus d’industrie d’habillement.
  • La pêche est caractérisée par une flotte artisanale baignant souvent dans de nombreuses plaintes, décriant la présence de bateaux étrangers, avec la disparition d’industries de transformation comme celles qui s’occupaient des sardinelles.
  • Le tourisme est ce qu’elle est, avec un défaut de régulation pouvant porter préjudice à nos mœurs.
  • Quant aux mines, les nouveaux sites du secteur ne semblent pas encore avoir une retombée significative pour la population. Toutefois, on dispose de mines d’or et de zircon, ainsi que de trois cimenteries qui pourraient susciter de l’espoir.

Ainsi, d’une manière générale, on constate la disparition ou l’affaiblissement de beaucoup d’entreprises. Et il est évident que si une entreprise disparaît, elle ne manquera pas d’entraîner quelques sous-traitants qui gravitaient autour d’elle. Cependant, les besoins dont elles assuraient, tant soit peu, la satisfaction sont toujours là, en augmentant, avec une population beaucoup plus nombreuse. Le drame, c’est que ces besoins ne sauraient alors être satisfaits que par l’importation.

Quel est donc aujourd’hui le secteur qui se bat en faveur d’une remontée de la pente, pour une vraie croissance ?

C’est certainement sur ces cimenteries et ces mines qu’il faudrait compter, et peut être sur le zircon qui constitue un minéral que nous ne connaissons pas assez, et dont certains spécimens seraient classés parmi les pierres précieuses, vu qu’on les confondrait avec des diamants. Comme il serait abondant sur nos côtes, ne devrait-il pas faire l’objet d’étude par nos géologues, pour les différents usages qu’on pourrait en tirer ? Quant à l’or, il semblerait que ce soit la richesse du futur, eu égard au rôle d’étalon qu’il devrait jouer de nouveau, au plan économique mondial. D’une manière générale, ne faudrait-il pas cesser de se constituer en pourvoyeur de matières premières pour les autres ? Ne faudrait-il pas aussi apprendre à les extraire et à les valoriser par une transformation, en créant des écoles adaptées ? Une école des mines et de traitement des minerais ne s’imposerait-elle pas ?

D’ailleurs, en apprenant à extraire le pétrole et à le transformer, on pourrait ne plus souffrir de son poids dans la balance des paiements. En effet, le cordonnier, quoi qu’on puisse dire, ne serait pas confronté à un problème de chaussures à porter, sauf que peut-être on pourrait lui reprocher de se contenter de l’essentiel pour son équipement propre, sans oublier qu’il vise plutôt des revenus provenant de ses activités. En guise d’exemple, voilà que TOTAL nous vend du pétrole sans pour autant que la France dispose de puits à exploiter.

Tout compte fait, si l’on examine de près cette situation générale, on doit se rendre compte que c’est surtout avec les sénégalais de l’extérieur (sénégalais de l’étranger ou émigrés) dont la contribution fait entrer des devises concrètes substantielles dans le pays, qu’on trouverait des soldats. Mais, ne devraient-ils pas être mieux encadrés dans la crise qui sévit actuellement dans le monde, ainsi que face aux réactions sociales qu’on y observe ?

Quant aux anciennes charges du pays, elles poursuivent leur lourdeur démesurée, amplifiant massivement l’importation, plutôt encouragée par une politique douanière qui en fait une nourrice pour l’Etat.

Concernant le riz, l’autosuffisance n’est pas encore acquise, voilà cinquante ans, où l’on aurait du aménager environ 240 000 hectares le long du fleuve Sénégal. Qu’en est-il ? Apparemment ce serait moins de 100 000 ha qui seraient actuellement aménagés dont une mise en valeur qui ne concernerait pas plus de 50 000 ha, selon l’OMVS, et qui correspondrait à 75% de la production nationale. Les investissements correspondants, y compris les barrages, seraient-ils suffisamment exploités, avec tous les financements consommés, grossissant la dette extérieure ?

Cette dette extérieure du pays est toujours là, grandissante, comme un boulet au pied.

D’un autre côté, des utilités publiques privatisées et mal régulées, comme le téléphone, s’en mêlent en mangeant les revenus de la population, tout en étant détenues par des mains étrangères, qui transfèrent dans d’autres horizons, des ressources qui auraient du rester et circuler à l’intérieur du pays.

Tout ceci correspond à des charges que la production interne aurait du, au moins, combler, pour que l’on pense à faire de la croissance. Mais si la structure économique est telle que les charges augmentent plus vite que la production, il y a lieu de repenser le problème, pour une vraie définition de la croissance.

D’une manière générale, ces charges sont constituées par une agrégation de toutes les dépenses régulièrement faites dans le pays, au niveau de l’Etat, dans les entreprises et les ménages.

Ces charges devraient tout simplement être couvertes par la production correspondant au travail fait dans le pays. A défaut, ces charges seraient couvertes par une dette extérieure, ou manqueraient d’être comblées, d’où une pauvreté.

En fait, si les productions faites dans le pays couvrent largement ces charges, le surplus constitue réellement une marge de croissance. Si cette marge augmente, on a réellement une croissance.

Cependant, si dans ce face à face, l’enrichissement des détenteurs de ces charges constitue le gros de la croissance du pays, on risque malheureusement de commettre une erreur.

Il convient donc de faire la part des choses en considérant comme une croissance toute augmentation de la production interne face aux charges, ainsi que toute baisse des charges face à cette production.

A l’inverse, toute baisse de la production interne face aux charges constitue une décroissance. De même, toute augmentation des charges, sans pour autant une augmentation supérieure de la production interne, doit être considérée comme une décroissance.

Bien entendu, il convient de savoir qu’une baisse de la production interne peut se faire, soit par une diminution de la cadence, soit par un soutirage vers l’extérieur. Par ailleurs, dans ce soutirage, il faut compter les importations de même que les rapatriements d’intérêts étrangers vers l’extérieur.

De ce fait, quel sens pourrait avoir une croissance qui ne milite guère en faveur d’une évolution positive de la balance des paiements, profitant plutôt aux importateurs ainsi qu’à des intérêts étrangers, au lieu de constituer des retombées substantielles pour le bien être de la population locale ?

Il est bon de savoir que l’arme avec laquelle, on lutte pour le développement, c’est l’entreprise, petite ou grande. C’est l’entreprise qui nourrit l’Etat et la population. C’est elle aussi qui permet de réduire, et ensuite effacer la dette extérieure. Il conviendrait tout simplement qu’à l’échelle du pays, les entreprises soient fortes, donc à priori, nombreuses. Toute politique les favorisant serait la bienvenue. Elles devront cependant être accompagnées progressivement des infrastructures de base, avec une maîtrise des facteurs de production, qui devront les appuyer au lieu de les freiner.

Il est donc urgent de restructurer l’économie, en promouvant des entreprises devant faire face à nos charges, dans les différents secteurs concernés.

Il faudrait aussi savoir que, pour que l’économie soit mieux structurée, ces entreprises doivent connaître une certaine organisation, car parmi elles, il y a une catégorie qui crée de la richesse et une autre qui en consomme. Cette dernière doit être maitrisée pour servir plutôt de levier à la première qui doit être la plus forte. Dès lors, la stratégie devrait consister à favoriser la création d’entreprises nombreuses dans la catégorie créatrice de richesses, dans des secteurs générant des retombées comblant positivement notre balance des paiements, et en y appelant la population locale. Ces entreprises qui ne sauraient être que des PME (Petite et Moyenne Entreprise) et PMI (Petite et Moyenne Industrie), devraient être protégées contre ces freins tels que les facteurs de production mal réglés (électricité, téléphone et internet, carburant, eau …) qui auraient du être cédés au moindre coût, ainsi que les harcèlements fiscaux, peu patriotiques, qui les étouffent dès leur naissance. Une formation, mettant l’accent sur l’importance de ces entreprises qui aident notre balance des paiements, devrait être dispensée aux gestionnaires de ces facteurs de production que sont les utilités publiques et la fiscalité. Ceci pourrait peut être les amener à veiller sur la promotion de ces types d’entreprises, au lieu de les anéantir.

Il faudrait ensuite qu’une formation adéquate soit donnée à nos jeunes diplômés, pour leur intégration dans de telles entreprises.

Si de telles entreprises sont nombreuses dans le pays et bien armées, pour se battre en faveur d’une évolution positive de notre balance des paiements, et obtiennent de la croissance, cela pourrait se refléter réellement sur le bien être de la population, et de l’économie du pays en général, étant entendu que l’état se résolve à alléger graduellement son poids dans certaines administrations redondantes et superflues.

C’est cela qui ferait de la vraie croissance.

Il convient donc d’établir un observatoire pour ces types d’entreprises, en les surveillant, et en veillant sur leur croissance. De même, un observatoire s’impose aussi aux autres entreprises gérant les facteurs de production, ainsi qu’à celles importatrices sans valeur ajoutée pour le pays, pour leur bonne régulation. Enfin, un observatoire chargé de surveiller les dépenses de l’Etat, pour tirer sur la sonnette d’alarme, à temps opportun, devrait compléter le système.

De ce fait, on pourrait aboutir sur une économie bien structurée, pouvant donner lieu à une réelle croissance pour le développement.

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