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Combien devrait coûter le téléphone ? En réalité, la minute ne pourrait-elle pas coûter moins de 15 FCFA au Sénégal ?

  1. Comment est fabriqué le téléphone ?

Il convient d’abord de savoir comment est fabriqué le téléphone.

Si vous prenez deux petits haut-parleurs et que vous les joignez par deux fils, et qu’ensuite vous y connectez  une batterie, vous avez découvert le principe du téléphone.

Ce petit haut-parleur est un transformateur de la voix sonore en énergie magnétique, puis électrique, qui, avec l’autre haut-parleur, se retransforme en énergie sonore (vice-versa).

En effet, ce petit haut parleur peut à la fois jouer le rôle de microphone et d’écouteur, car le principe de fonctionnement est le même. (Encore qu’avec les microphones à condensateur, la transformation de la voix sonore peut passer par une énergie électrostatique, avant celle d’un état électrique.)

Bien entendu, ceci a été amélioré grâce à l’électronique, et aujourd’hui, l’informatique rend encore les choses beaucoup plus faciles.

Cela signifie tout simplement que le téléphone est un produit qui s’obtient grâce à une transformation de l’énergie électrique. Autrement dit, la matière première permettant de fabriquer du téléphone est l’électricité.

Toutefois, pour avoir suffisamment d’autonomie, les opérateurs téléphoniques vont stocker l’énergie électrique obtenue du distributeur d’énergie électrique dans des batteries. Mais leur source de production est la même que celle que vous utilisez pour vos usages domestiques d’électricité. Cela signifie tout simplement qu’ici au Sénégal, c’est la SENELEC qui produit cette énergie.

Encore que, quand cette énergie est utilisée en grande quantité, le prix du kWh peut baisser.

L’électronique a cette capacité de raffiner le courant électrique, et de faire avec, de multiples usages valorisants  comme la radio, la télévision, l’ordinateur, etc…

C’est la raison pour laquelle, elle a révolutionné la science et continue encore à le faire, par le biais de l’informatique, dont elle constitue la mère.

Ses produits ont la particularité d’être à la portée de tous, eu égard à la facilité d’obtention de sa matière première qui est du sable (le silicium), même si les premières parutions seront toujours chères, du fait de la recherche, le prix devant ensuite baisser en suivant la forme d’une fonction hyperbolique.

Son amortissement est en général rapide, eu égard à sa facilité de fabrication en grande quantité, une fois que la mise au point est assurée.

C’est grâce à cette électronique et à cette informatique, que le téléphone est aujourd’hui fabriqué à partir de l’électricité, la radio s’en mêlant pour la transmission, par le biais des ondes hertziennes,  avec l’ère des portables. Les performances s’améliorant davantage, et l’effet d’échelle jouant pour toucher de plus en plus d’abonnés, le prix du téléphone devrait baisser d’année en année, voire de mois en mois.

Encore que l’on semble oublier que le téléphone est un outil d’utilité publique, facteur de production, devant être fabriqué au moindre coût, pour permettre un développement fulgurant de l’économie.

Mais les dangers de la privatisation font que les marges qui en découlent, enrichissent démesurément les opérateurs, au détriment de l’économie, et de la population.

  1. Quelle marge sur la minute de téléphone ?

L’on verra que pour une utilisation d’énergie électrique d’environ 40 Millions de kWh, qui pourraient correspondre à moins de 4 Mds FCFA, (en considérant un prix moyen de 100 FCFA par kWh), on pourrait fabriquer plus de 9000 Millions de minutes de téléphone.

Vendues à une moyenne de 45 FCFA, ces minutes de téléphone vont donner lieu à un chiffre d’affaires de plus de 400 Milliards de FCFA.

Autrement dit, pour chaque kWh de la SENELEC, il est possible de fabriquer environ 225 minutes de téléphone. En faisant les rapports, on peut se rendre compte que les minutes de téléphone fabriquées avec un kWh acheté à environ 100 FCFA, sont revendues à la population sénégalaise, à plus de 10 000 FCFA.

En effet, ceci donne une marge après matière première de 10 000 %.

Le prix de revient correspondant à cette matière première pour une minute de téléphone serait d’environ 100/225, soit moins de 1 FCFA.

Une telle marge devient embarrassante, à tel enseigne que les justificatifs dans le compte d’exploitation risquent de faire apparaître des incompréhensions, pour un habillage en harmonie avec le système comptable SYSCOA.

Si le bénéfice net correspondant à une telle marge retombe à environ 30% du chiffre d’affaires, cela pourrait difficilement être du seul fait des dépenses habituellement connues comme :

  • Les frais d’exploitation et d’entretien ou de location de service
  • Les salaires
  • Les déplacements et autres frais généraux
  • Les amortissements d’immobilisations
  • Les impôts

Ainsi, pour remplir le gap permettant de baisser le bénéfice à un niveau non démesuré, les justificatifs en termes d’achats et consommations seront difficiles à comprendre, et risquent de biaiser le caractère proportionnel de la rubrique qui devrait normalement concerner cette matière première.

Par ailleurs, certes des réserves seront à prévoir dans la marge bénéficiaire. Bien entendu, il est permis aux sociétés d’utilité publique de faire des réserves pour faire face à d’éventuels aléas, mais reconductibles, et non à thésauriser.

L’on pourrait aussi comprendre qu’avec l’électronique, les immobilisations corporelles ou incorporelles pourraient être prépondérantes, et se traduire en amortissements élevés. Mais ceci devrait aussi, entraîner un rapide amortissement du matériel.

  • Le prix de la minute de téléphone ne devrait-il pas pouvoir baisser ?

Si on fait la comparaison avec une autre société d’utilité publique comme la SENELEC, on verra que la matière première qui est principalement du combustible thermique va représenter environ 65 % du chiffre d’affaires contre 1% ou bien moins.

Ceci va donner lieu à une marge après matière première qui ne sera que d’environ 35 % pour un chiffre d’affaires moins important. Cela n’empêchera pas à la SENELEC de payer, avec la valeur absolue, des frais d’exploitation et d’entretien ainsi que des salaires, déplacements, impôts etc. …, tout en prenant en compte les amortissements.

En fait le rendement de fabrication d’électricité avec du combustible fossile (plus répandu), est en général faible, (aux environs de30%), avec un prix très élevé de la matière première.

En outre, le prix de cession du kWh étant soumis à la loi du moindre coût, le prix de vente ne devrait jamais  dépasser le prix de revient après matière première, d’un montant cherchant à atteindre 100%. Selon la règle du moindre coût, tout surplus devrait se traduire en termes de réinvestissement pour l’extension et l’amélioration du service, ou en ristourne par une baisse des tarifs.

Pourquoi donc une société d’utilité publique faisant un chiffre d’affaires plus élevé, ne devrait-elle pas :

  • limiter ses dépenses à environ 35 ou 40 % (de ce chiffre d’affaires) ?
  • limiter son bénéfice à 30 % ?
  • prévoir une réserve de 10 % (reconductible) ?
  • et ristourner le reste (25 %) à la population en termes de réduction du coût de cession ?

La privatisation devrait-elle remettre en cause la cession au moindre coût, à la population,  d’un produit ou service d’utilité publique, bien que ce soit possible ?

  • Avec un prix de revient, après matière première, multiplié par 100 ou plus, dans la gestion d’une utilité publique, la régulation étatique devrait-elle rester indifférente ?
  • Avec des salaires pour expatriés (cf: rapport annuel 2014 de la Sonatel p114) dépassant ceux de la plupart des dirigeants de ce monde,  ( cf: http://www.businessinsider.com/salaries-of-13-major-world-leaders-2015-3, ou http://www.argentaire.com/2015/03/les-dirigeants-politiques-les-mieux.html),  car venant en deuxième position après celui de Singapour, et dépassant de plus de deux fois celui des USA, le téléphone ne devrait-il pas baisser son prix au Sénégal ?
  • Ne devrait-on pas se rendre compte qu’avec un tarif de 15 FCFA la minute, la Sonatel ferait, quand même, avec plus de 9000 Millions de minutes, un chiffre d’affaires de près de 150 Milliards, ce qui ferait plus de deux fois ses frais de personnel qui seraient les plus élevés au Sénégal, (près de deux fois ceux de la Senelec ou plus), avec un effectif moins important ?
  1. Conclusion

Ne devrait-on pas limiter la marge de l’opérateur téléphonique en le soumettant à un revenu maximum autorisé (RMA), quand il  est privé ?

Cela n’aurait-il pas plus de sens qu’avec la Senelec, qui,  en tant qu’étatique, aurait moins de motivation avec un tel outil ?